« 20 juillet 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 179-180], transcr. Apolline Ponthieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7845, page consultée le 05 mai 2026.
Paris, 20 juillet [18]79, dimanche matin, 7 h.
Cher trop aimé, heureusement pour toi, tu échappes à l’obsession de mon amour
incessant par le sommeil le matin et par ton travail le jour. C’est ce qui me permet
de tant t’aimer sans que tu t’en aperçoivesa beaucoup. Aujourd’hui le prétexte de l’agrandissement de ma
tendre élucubration est l’approche de ta fête1 que, réglementairement, on doit te souhaiter la
veille ainsi que je le fais ce matin avec le doux espoir de pouvoir recommencer demain
avec l’autorisation de l’almanach.
Comme il ne fait pas encore jour chez toi
j’ignore comment tu as passé la nuit, mais si j’en crois mon désir tu as dû bien
dormir toute la nuit. En attendant que ce bon espoir se confirme j’appelle ton
attention sur la quantité des lettres plus ou moins intéressantes qui attendent que
tu
les lises et peut-être que tu y répondes. Et à ce propos, il y en a une de Mme Retoux fort
incandescente qui te prie de la recevoir demain. Cette dîme
prélevée sur ma propre joie, j’en fais le sacrifice pour en augmenter ton propre
plaisir qui est de caqueter avec toutes les femmes sans souci des tristes impressions
que j’en reçois et des douloureux souvenirs que cela réveille en moi2. Donc, à demain Mme Retoux et sa mimique hystérique. Autre guitare, avec la même pluie et le même froid,
et le même air que par le passé, c’est désolant. Désolant, aussi, mon pauvre
genoub qui ne veut entendre à aucun
amendement3. Je crois que je serai forcée de recourir aux fumigations
sèches4 qui ont guéri Vacquerie, et qu’Émile Allix ainsi que le Docteur Sée me l’ontc conseillé
tout d’abord. Il est impossible que je n’essayed pas sérieusement de recouvrer l’usage de ma jambe et de diminuer
l’intensité de ma douleur. Il y a un établissement ici près, paraît-il, où je pourrais
me faire conduire, ce serait beaucoup moins cher que de me faire traiter à domicile.
Je te demande pardon de t’occuper autant de mes maussades infirmités physiquese et morales. Quant à toi, mon trop aimé, je te souhaite le
bonheur. Quant à la santé et à la gloire, tu les as avec mon éternel amour par
surcroît.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 La saint Victor est célébrée le 21 juillet.
2 Allusion à la liaison de Victor Hugo avec Blanche Lanvin, qui débute en 1872, et dont Juliette découvre la longévité à l’été 1878.
3 Juliette Drouet souffrait d’une goutte chronique.
4 Traitement qui consiste à exposer un membre malade à la fumée d’un médicament brûlé sur des charbons ardents.
a « aperçoive ».
b « genoux ».
c « on ».
d « esseye ».
e « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.
- FévrierLa Pitié suprême.
- 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
- 21 marsMort de Léonie Biard.
- 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
- 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
- 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.
